Je savais bien qu’il essayait de me faire avouer, mais j’ai décidé, et mon plan restera le même. C’est avec un faux air surpris que je lance :
- Roxanne ? Je croyais qu’elle supervisait l’enquête du siège général ?
- Moi aussi … mais alors explique moi que faisait-elle avec toi ? répondit M (ou du moins le type assis à ma gauche …)
- Oh tu sais … appelle-là pour voir où elle en est … dis-je d’un air calme.
Il dégaina son cellulaire comme un revolver, et d’une touche appela sa colombe. Après avoir vu une dernière fois son portable il chuchota brièvement quelques mots puis …
- Elle est bien au QG … et je ne vois pas comment elle a pu faire pour arriver à Strasbourg en cinq minutes … tu es perspicace Tony …
- Non pas vraiment … je suis juste étonné de ta venue M … (et c’est vrai … M ! Ici ! Pourquoi ?)
Et d’un coup je pense que l’atmosphère changea … on passe d’une ambiance pesante, lourde, chargée à une autre plus électrique … je sens une formidable montée de puissance jaillir au fond de moi en même temps c’est comme si une musique « intelligente » se dégageait du fameux M. Et le tout en restant l’un en face de l’autre : deux âmes, deux intrus dans un monde pourri, deux consciences qui défient le temps … hors de ce monde …
- Tony, ce que j’ai à te dire peut s’avérer décisif pour la suite de l’enquête. Je pense même que c’est la moitié de la raison pour laquelle je suis venu … es-tu prêt ?
- Je le suis M.
- Très bien, depuis que l’affaire a débuté, il m’est paru urgent de faire une théorie ne serait-ce que provisoire pour expliquer les faits. Au fil du temps, j’ai pu corriger cette « ébauche » pour en faire ma vision incomplète des événements. Alors voici ce que je pense …
Qu’est-ce qu’il peut bien dire, non mais qu’a-t-il à dire ? Que je suis le suspect idéal ? Je ne sais pas pourquoi une impression désagréable se dégage de moi, on aurait dit que ma partie maudite veux prendre contrôle de mon corps … Argeu ! Non … je ne dois pas me laisser dominer … écoutons-le …
« … Tu es Kira ! Je ne sais pas comment tu fais pour tuer mais je suis convaincu que tous les meurtres sont de ta signature ! Je ne sais pas quel mouche me prend mais tu m’as semblé être le suspect idéal : juste assez intelligent pour être aussi doué ! (Toujours cette « intelligent music »)
Mais je ne peux pas prouver cela ! Parce que je pense que tu arrives par des moyens dont je n’en ai pas la moindre idée de « cacher » ton pouvoir. J’ai fouillé chez monsieur Giovanni, je viens de fouiller monsieur Santiacci … Tu as eu le don de m’énerver ! (Ses yeux s’exorbitèrent encore plus, il me fait peur l’animal !)
J’ai essayé de tout remettre en doute de tout reprendre … d’atteindre tes points faibles … mais comment ? J’ai pu néanmoins cerner un éventuel talon d’Achille (il commence à aller trop loin cette fois …) j’ai pu savoir que tu n’est pas normal … non je veux dire, que tu éprouves des sentiments … j’ai pensé que c’était pour miss Angelo mais j’imagine que je me trompe … il faudrait que je vois quel est la personne qui tient le plus dans ta tête comme ça je … »
Et personne ne sut ce qu’il allait faire car je lui ai flanqué une jolie baffe. Je ne savais pas trop si j’avais le droit, mais c’était comme si ma mauvaise (ou plutôt la bonne) partie avait pris le dessus en agissant ainsi. Quoi ? Je l’aime encore ? Je pense que la décision s’est prise par elle-même, et pourtant j’assume ce que je fais … à moi d’imposer ma musique !
La voiture s’arrête, M. me regarde toujours l’air interrogateur mais en même temps impressionné … il sort sans se soucier de mettre son masque, je vois pourquoi … en sortant je me retrouve dans le jardin principal du manoir de Nathalie. Le duel n’allait pas s’arrêter là, M. se mit juste devant moi. Je n’avais jamais remarqué qu’il était aussi grand et efflanqué, ni qu’il était plutôt bien bâti. Il dit simplement.
« Je ne m’attendais pas à ta réaction … remarque je l’ai plutôt bien mérité car je suis allé trop loin … »
Une mince brise soufflait … laissant onduler ses cheveux « éclatés », étant donné que mes cheveux poussent comme des escargots seulement quelques poils se contentent de valser avec l’air pour ma part … « nevermind », j’ai arraché un mot d’excuse du type le plus obtus de la planète alors je peux souffler …
« … mais j’ai la fâcheuse habitude de rendre ce qu’on me donne avec plaisir ! »
Et sans crier gare il assène un coup de pied à ma direction. Instinctivement je mis mon bras gauche en mode défense pour parer son coup. En faisant cela je ne faisait qu’empirer mon cas … en deux secondes, je reçu une dose de douleur équivalente à une décharge de douze milles volts d’intensité moyenne pendant une minute ! Je ne dois pas faiblir pour autant, c’est un duel qui ne doit pas se perdre … à moins que cela soit un combat perdu d’avance ? Je sais que je ne tiendrais ni physiquement, ni mentalement contre un tel surdoué. Et si ma finalité était de me rendre à M. ?
Non … même Jose Luis ne l’aurait pas accepté, d’ailleurs c’est lui qui surgit et s’interposa tel un faucon entre deux tempêtes. D’un geste magistral il mit son bras en écran et repoussa l’offensive de M. Ensuite il me prit et m’éloigna du tumulte, je ne cessai de fixer M. qui, pris au dépourvu, lança d’un ton monocorde :
« De toute façons, il m’importe peu que tu sois réellement Kira ou pas ; je ne suis venu ici que pour te demander de retourner au Maroc … »
Roh ! Ih ! Ouuuh ! Ahhh ! Je le hais, je le hais ce fichu intelligent borné ! Il anticipe tous mes mouvements, je dirais que c’est une partie d’échec où M. possède un avantage conséquent … Jose … pourquoi me défend-il ? Je suis nul … je l’admet.
Et puis je m’éloigne … je quitte la place … pardon, on quitte la place vers l’entrée du manoir. Nathalie attendait au seuil, elle me vit cramponné à mon sauveur. Elle ne perdit pas de ses bonnes manières …
- Tony, Jose ! Mais que s’est-il passé ?
- Disons qu’il a eu un léger argument … murmura Jose.
- Léger … Tony, qu’as-tu à ton bras ? Laissez moi voir s’il vous plait …
- Oh non merci ça ira, répondis-je subitement. (je ne veux pas, Hillary me suffit) … de plus je dois y aller. Au revoir !
De ces mots, avec une colère surhumaine, je pris la direction de l’internat. Je voulais calmer ma douleur, atténuer ma souffrance car je n’en pouvais plus …